A Gérard Gorsse, mon ami

"A Gérard  Gorsse, mon ami, et qui me soutient dans les moments de doutes et de grand désert froid…

Natasha Bezriche, billet d'humeur

Coup de gueule de Natasha En introduction de ces deux textes que Natasha m'a envoyés, je tiens à préciser que ses spectacles sont d'une grande qualité, et que malheureusement elle est obligée trop souvent de chanter à perte, car elle met un point d'honneur à payer ses musiciens et les frais de déplacement. Pour tout cela frangine, pour la qualité de ton spectacle "Lumière noire" avec les chansons de Léo Ferré, pour ton intégrité et ton combat pour la reconnaissance de la chanson d'auteur, je te salue avec toute mon amitié. ( Gérard Gorsse)

par Natasha Bezriche, octobre 2014


Comme toi, à mon niveau et de ma place d'artiste (et avec mes amis musiciens car cela va ensemble pour nous...), - je cherche à élever les cœurs et les consciences, à fédérer des énergies solidaires pour lutter contre l'ostracisme , qu'il soit politique, culturel ou idéologique, en cherchant à établir des passerelles entre l'interprète et son auditoire, entre l'écrivain-le poète et son lecteur, entre l'artiste et le spectateur, entre les peuples et leurs patrimoines culturels, entre la joie de donner et celle de recevoir…

Sans doute il s'agit là d'utopie, mais pourtant si concrète, vivante et humaine tout simplement. En cette période de crise, la culture plus que jamais doit être au cœur des préoccupations et l'objet d'attentions renouvelées de la part des pouvoir publics et de chacun ! Sans art, sans culture, nous serions privés des paroles, des musiques et des chants qui sont là pour nous faire avancer, réfléchir, entendre et voir le monde autrement.  Sans ces festivals plein d’énergie, de talents et de lucidité (festivals petits, et grands, modestes ou moins), nous artistes (comme le public aussi) serions privés de ces moments uniques de partage...

Nous artistes verrions nos possibilités de travail et ce champ d'exercice de notre art, se réduire de façon très inquiétante…ces petites salles de spectacle, ces festivals avec lesquels nous compagnonnons depuis des années pour certains, représentent des liens forts et qui nous rassemblent vraiment.

C'est pourquoi je me sens profondément en colère, triste et comme hémiplégique, quand je lis que tel festival doit baisser pavillon, que telle salle va devoir cesser son activité !                                            

Nous allons aborder 2015... et je me demande ou sont passés l'esprit d'André Malraux (le fondateur des maisons de la culture), l'élan créateur d'un Jean Villar , en Avignon, et l'esprit même d'une véritable décentralisation culturelle, capable de faire avancer sans exclusion, la vie de ces courageux festivals et évènements artistiques, la vie des programmations-chanson, et la vie des artistes: auteurs compositeurs interprètes ?  

Ceux qui ont le pouvoir de la répartition des crédits ont peut-être perdu précisément ces données essentielles et élémentaires.

Nous  autres : artistes, auteurs, interprètes, musiciens, chanteurs, poètes , diseurs...nous nous obstinons à parler, à porter très haut et réclamer, malgré les difficultés, les exigences et les revendications qui fondent une véritable et authentique politique culturelle et nous ferons connaitre ces festivals rebelles et fraternels que nous aimons et ces petites salles de spectacle –lieux d’expression vitaux pour nous !..

Et de toutes façons, nous ne laisserons à quiconque ni le droit ni le pouvoir de nous confisquer cet amour-là… Oui être ARTISTE : C’est un état , une façon d’être au monde, une disposition psychique, une façon unique de voir, de dire et d’enchanter le monde mais c’est aussi bien sûr un Métier, un Vrai. Depuis l’enfance je sais que rien ne pourra jamais faire taire  ma parole  ni mon chant... Ce chant des artisans en chanson, le chant des saltimbanques. Mon statut d’artiste n’est pas simple à porter…Je vis de peu. Je doute  souvent.  J’ai toujours peur du lendemain... Mais pourtant je continue. Je m’obstine. Je ne renonce pas. Car comme disait si justement le poète visionnaire René Guy Cadou : « pas d’autre choix que de continuer à appuyer de toutes nos forces sur le champignon de la beauté : C’est peut-être ça, la tâche humble et salvatrice du poète ! »
En amitié   NATASHA 


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