Nosenchanteurs -27 décembre 2013

Natasha Bezriche, le bon vent de Léo !

léo ferré chanté par Natasha

Dix-neuf chansons de Léo Ferré, un vrai temps de récital, gravé donc, enregistré en public au début de cette année 2013, au cœur de l’hiver, et – détail qui n’en est pas un – dans une MJC, celle du Vieux Lyon, avec Gilles Daumas au son.

Neuf mois pour qu’il voie le jour cet album, gestation laborieuse où Natasha n’a ménagé aucun effort pour parvenir à le financer. Que tous ceux qui ont contribué à cette naissance soient ici félicités de leur choix, de leur engagement pour cette chanson là, celle qui n’a pas d’âge, parce qu’elle échappe aux modes, au  temps, à ce temps « déraisonnable », ce temps qui obsède pourtant, car c’est lui qui use, abuse de tout.


léo ferré chanté par natasha bezriche

Avec le temps va tout s’en va, temps du tango, cette guinche exotique, temps de l’amour, celui de la Jolie Môme, de Lola au cœur d’hirondelle (Est-ce ainsi que les hommes vivent ?) temps de la chanteuse morte qui gueulait même des conneries, mais qu’on ne remplacera pas, temps de la jeunesse sacrifiée, massacrée, petit soldat deviendra grand pourvu que Dieu lui prête vie (Pacific Blues)… mais Dieu trop souvent ne le veut pas, comme dans l’Affiche rouge, ou Tu n’en reviendras pas et ce vers final, terrifiant : Déjà vous n’êtes que pour avoir péri.

Alors que faire ? On pense à rien, on écrit des vers, de la prose, on croit trafiquer quelque chose en attendant le jour qui vient (Blues)… Alors on chante pour passer le temps ! Natasha chante, Natasha dit, Natasha interprète au sens plein du mot, en actrice qu’elle demeure : elle joue les chansons de Ferré, elle leur prête sa voix, sa voile pour qu’elles prennent encore le large. « La marée n’attend pas » ! Avec ses hommes (ainsi que l’eût dit Barbara) elle s’en empare comme d’une matière vivante et les restitue au public avec ferveur, incandescence. La voix et les instruments qui l’accompagnent épousent le texte. Que ce soit le piano de Sébastien Jaudon, l’accordéon ou le bandonéon de Philippe Bourlois, le violoncelle de Pascal Jemain, de concert ou séparés, ils habillent le chant pour lui donner la dimension sensuelle et lyrique que Léo aimait tant.

Tantôt c’est un chant doux, verlainien, on pleure, on rit comme on peut (blues), tantôt c’est une caresse, presque un murmure, pour qu’éclate ensuite un cri (Ni Dieu, ni maître), tantôt c’est un souffle, celui du vent, Je suis né ce printemps dans une île d’amour, Tantôt c’est une menace, comme celle des Anarchistes : Faudrait pas oublier, ça descend dans la rue…

Lumière noire, c’est le titre du récital, le titre de cet album. Un oxymore pour dire Léo, son œuvre, celle qui célèbre la vie, la nôtre, la vie qui déchire et illumine tout à la fois. Et c’est en lettres rouges, évidemment.

Natasha Bezriche

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