Pablo Florès – Blog « Cataluña Luz » novembre 2013


NATASHA BEZRICHE, une ARTISTE QUI SE MEFIE DES COMPARAISONS ET DES MIRAGES.

Barbara, Piaf, voire Catherine Sauvage, en passant par Colette Magny : Il faut bien sûr se méfier des comparaisons artistiques, si flatteuses soient-elles, reprises par le public ou dans la presse.


Certes, depuis la sortie de son album « De vive Voix », Natasha a bénéficié de nombreux coups de projecteurs sur bien des scènes. Et, pour cerner la personnalité et le style d’une chanteuse si talentueuse soit-elle il est toujours tentant d’en référer à des voix reconnues, à des répertoires renommés. Mais à force de faire allusion à ses illustres aînées, subsiste le danger d’offrir une image déformée donc partielle et partiale de cette auteure-compositrice-interprète atypique et qui a choisi de résider obstinément en province, à Lyon.
En premier lieu : carrière n’est peut-être pas le mot adéquat pour définir la trajectoire de travail de cette femme qui chante et qui a vraiment pris le temps avant de se « lancer à chanter davantage ». Oui ? pas de précipitation pour enregistrer à tout prix un album et de tenter de se forger rapidement une notoriété.
A ce jour elle a enregistré quelques CD : un album de huit titres, puis un opus de treize titres, (ses compositions personnelles) et en préparation un nouvel opus autour du répertoire de Léo FERRE... Mais elle a aussi beaucoup plus enregistré pour d’autres artistes : une quinzaine de disques qui ont remportés de nombreux suffrages et/ou prix.
Si à ses débuts Natasha s’était affirmée dans un registre plutôt « musiques du monde », avec son guitariste Gilles GASTINEL, ses autres compagnons musiciens et puis sa voix surtout.
Mais elle a pris, ces dernières années, un chemin aux accents résolument plus percutant.
En témoigne avec éclat ses derniers récitals et les auteurs qu’elle choisit d’interpréter (et pas des moindres, Hélène Martin, Colette Magny, Léo Ferré, Bernard Dimey, Jacques Bertin, Allain Leprest, Jean Vasca…).
Grâce à un compagnonnage intelligent et riche aux côtés de musiciens d’exception, son répertoire s’est teinté d’accents plus actuels, sans pour autant que la voix soit noyée dans un déluge musical. Et même dans les titres les plus denses, son phrasé, comme la musicalité de sa voix demeurent impeccables, révélant alors toute la subtilité de sa voix si ample, si prenante de chanteuse, aux intonations à fleur peau, où elle s’affirme toute en nuance et en sensibilité. Un ton et un registre musical qui font penser à une envoûtante spirale, comme l’a chanté – dans un tout autre registre- son ainée Barbara (car cela reste la référence qui domine, lorsqu’on écoute Natasha).
Natasha qui fait la part belle à une chanson française aux textes choisis et soignés. Dans son écriture plus personnelle, s’affirme un évident sens des images poétiques et aussi de la formule qui font mouche, et dans nombre de textes, tout comme l’usage phrases lumineuses, aspect bien apprécié, car trop rare, en chanson. Diction parfaite on comprend absolument tout de chaque chanson et textes aux mots ciselés sans tomber dans un intellectualisme déplacé.
NATASHA sait s’y prendre pour donner vie à des textes reflétant ses pensées et ses émotions, ses constats, ses coups de cœur et coups de râlage aussi.
Et si cette musicienne autodidacte, originaire d’une autre rive de la méditerranée, décline le thème de l’amour, de la révolte et de la fraternité dans la plupart de ses chansons, Il ne faut pas pour autant croire qu’elle s’enlise dans un répertoire dégoulinant de bons sentiments ou de refrains teintés d’un romantisme mièvre.
Ici, place à une poésie du quotidien vraiment authentique : rien à voir avec des textes synonymes de vie épanouies, dans le meilleur des mondes.
Oui on pleure, on souffre et on crie, on laisse échapper sa douleur et sa peine, et parfois on accède à des éclaircies bienfaisantes, voire à la sérénité. Car la brune dame aux allures calmes, éclate de vitalité sur scène, et sa manière de s’y affirmer fait non seulement plaisir à voir, mais témoigne d’une évidente rage de vivre, d’une volonté farouche et rebelle de prendre son destin en main.
Au fil des années, des plateaux, des concerts, des festivals et autres prestations scéniques, Natasha s’est forgé une expérience intéressante et cela lui a permis de trouver un style bien à elle. Chanson française de qualité sans pour autant être réservée à une élite d’intellectuels avertis !
Les textes et les chansons de Natasha sont destinés au grand public qui peut d’autant mieux se retrouver dans ses chansons qu’elle raconte la vie sans exagération. La vie, la vraie, celle qui est loin d’être facile : chemin fait de cailloux et parsemé de clair-obscur, de gris clair et de gris foncé aussi. De coups de blues, et de mélancolie, de coups de soleil aussi sur des sentiments, qui c’est vrai, parfois ont bien besoin d’être réchauffés.
Au départ, c’est lors de soirées de poésie dans sa région, que la jeune Lyonnaise a pris sa guitare et s’est mise à chanter. Pas pour « devenir chanteuse » mais juste pour « le partage du chant », bref pour le plaisir… Tout en se lançant dans des études universitaires de lettres modernes, d’ethnologie et de psychopathologie clinique (et qu’elle réussira d’ailleurs avec succès).
Elle poursuit parallèlement un cursus d’art dramatique et affine son style, son écriture des textes surtout, et la voici désormais riche d’une intense expérience et lauréate de prix d’interprétation. L’artiste s’affirme comme une auteure-compositrice et interprète, refuse la facilité des textes répétitifs. Elle donne place au partage des sensations et des émotions, avec un répertoire tout en nuances, sans refrains mièvres. Avec des textes soignés où chaque mot est posé et livré avec soin.
Natasha avance à son rythme : professionnelle, patiente, décontractée, bien dans sa peau, à la fois spontanée et réfléchie. Une vraie humanité chez cette femme-là .Le talent et l’intelligence du cœur surtout !
Bien entourée par des professionnels vraiment sensibles à sa personnalité et son répertoire, cette artiste sait bien qu’il faut se méfier des faux semblants ! Au-delà de la simple formule, cette expression est évidemment plus que jamais valable dans le milieu artistique .Natasha n’est pas passée par une émission télévisée la propulsant sur le devant de la scène. Non, Natasha continue son métier d’artiste sans se brûler les ailes .Elle dit en souriant « je suis une chanteuse de fond » ! Son parcours sur le long terme, enraciné dans nombre d’expériences scéniques, bien avant les studios, évoque le destin de bien des auteurs-compositeurs-interprètes dont la renommée s’enracine dans un apprentissage de longue haleine, initiée par le travail au contact du public, donc en scène.
Alors à présent, si vous voyez son nom sur une affiche, là par chez vous : allez  y, rameutez le ban et l’arrière ban, le bonheur est garanti !

Novembre 2013
Pablo Florès – Blog « Cataluña Luz »