« Les musiques et les mots » N° 431 –Juin 2012  -S.SEVERIN

NATASHA , « Porte–Parole ».

Elle aura attendu presque vingt ans pour se décider à travailler avec un pianiste, nous avoue-t-elle, et se frotter au répertoire de Léo Ferré  et aux grands poètes de la langue française  et tout bien pesé, Natasha BEZRICHE aura sans doute  eu raison puisque ses interprétations sont empreintes d’une réelle authenticité et d’un talent d’interprète d’un rare niveau. Elevée aux accents des musiques du monde, mais aussi de Léo Ferré, Brel, Barbara, Colette Magny, Hélène Martin, Joan Baez et Barbara Streisand, cette jeune femme originaire de l’autre rive de la Méditerranée aura goûté à toute sorte de petites et grandes scènes, que ce soit au théâtre ou en récital, recette idéale pour se forger une expérience solide et une culture proche du terrain et du même coup pour créer des spectacles chansons qui interpellent l’humain en nous, sans aucune restriction de catégorie sociale ou même d’origine.
Natasha BEZRICHE qui a brillé dans les concours et tremplins les plus prestigieux de l’hexagone, a aussi  partagé des scènes et des salles avec Paco Ibanez, Colette Magny, Maxime Le forestier, Richard Boringher, Jacques Bertin, Jean Vasca, Michèle Bernard, Véronique Pestel, Christian Paccoud, Bernard Joyet...et nous revient avec ce nouveau spectacle: « Porte–Parole ». Attention, dépaysement garanti !
Engagée mais toujours lucide, en colère mais toujours pacifique, Natasha est un de ces personnages qui savent se contrôler et faire de leurs chansons de superbes témoignages capables de se teinter de tendresse ou au contraire de se montrer bien plus percutants, de laisser une petite place au côté rude de la vie, sans pour autant cesser de porter l’espoir à la force de ses cordes vocales, de son énergie hors du commun et de son timbre incomparable.
La plume  forte et sensible à la fois de NATASHA ne renonce pas pour autant à rendre hommage à ses modèles et reprend aussi bien Bernard Dimey que Ferré dans ses récitals, intercalant « Ivrogne et pourquoi pas ? », «La lune» et « La vie d’artiste » au beau milieu d’œuvres personnelles où il est question de la pluie en Kabylie, des entreprises qui ferment, des femmes que l’on assassine au Nord du Yémen, des différences entre les hommes, de la vie qui file sans qu’on parvienne à la retenir ou plus simplement de poésie … Avec un accent tout particulier mis sur les mots , la voix et les notes  du violoncelle,grâce à son complice sur scène Mathieu MONNERET : musicien de talent, « Porte-parole » multiplie les émotions tout en restant le profondément authentique et émouvant. Ce spectacle original et intense, est hors des formats habituels et n’en finit plus de nous séduire, de nous toucher au cœur, avec des chansons comme « le chant des hommes » de Nazim Hikmet, « le feu » d’Aragon et H.Martin, « La chanson de Tessa » de J.Giraudoux, « la complainte de Pablo Neruda » d’Aragon...
De la passion, de l’humour, du second degré et surtout un incommensurable talent …
NATASHA flirte avec la perfection jusque dans un Livret-Programme particulièrement bien imaginé.
Cette artiste est une extraterrestre et son nouveau spectacle en est une fois de plus la preuve !
Tout simplement indispensable … 
« Les musiques et les mots » N° 431 –Juin 2012
                                                                                                      Simon SEVERIN

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